top of page
Rechercher

Paroles de choriste

C’est l’heure.

La lumière de la salle vient de s’éteindre, plongeant la scène et le public dans la pénombre.

Le bruit des conversations diminue peu à peu, puis s’éteint à son tour.

Nous sommes cachés derrière les lourds rideaux rouges de la scène. Je regarde mes compagnons de musique. Chacun gère la tension à sa façon. Certains sont concentrés, l’un sur son bandana, l’autre sur l’embrasure du rideau. Les visages sont fermés, à part celui de notre homme-orchestre, mi cuivre, mi touches, qui parle à la cantonade et raconte des blagues.

Je jette un dernier coup d’œil aux plis de ma robe noire et à celle, non moins noire, de « ma seconde voix ». Je vérifie mon maquillage dans le grand miroir déposé dans les coulisses de scène par l’attentionnée gestionnaire de la salle.

Tout est OK, je suis prête. Nous sommes prêts.

La fatigue se fait sentir, les yeux sont lourds, les corps aussi.

Il faut dire que la vie des musiciens, durant la semaine qui précède un concert, n’a rien à envier à la vie d’une fourmilière ! Après plusieurs week-ends de répétitions, il a fallu poser quelques jours de congé au travail pour préparer le concert et la salle. Réserver et aller chercher le matériel de son, courir racheter le câble qui faisait des faux contacts, changer les cordes des guitares ou les peaux de la batterie, louer et récupérer le camion, attraper les micros d’instruments, prendre les retours de scène, les lights en complément… Un nombre incalculable de petites tâches qui, mises bout à bout, occupent bien deux journées pour chacun d’entre nous.

Nous nous sommes levés aux aurores pour charger le matériel dans le camion et arriver à la salle à 8h30. La matinée a vite filé, entièrement consacrée au montage du matériel de son, des instruments et des lumières. Après un sandwich, pris sur le pouce à 14h, nous avons commencé les balances et les réglages des lumières. Pour tenir, nous avons ramené un grand sac de « réconforts » : bonbons, thé au miel, quelques bières, chips… De quoi continuer à travailler malgré la tension et la fatigue.

Je sais que, comme à chaque fois, dès les premières notes, tension et fatigue vont miraculeusement disparaître et laisser place au plaisir de jouer. Comme à chaque fois, la musique, les applaudissements, les visages souriants aperçus dans le public, les petites lumières des téléphones qui s’agitent, la perspective des personnes qui viendront nous parler après la représentation, tout ça va nous donner un regain d’énergie qui nous tiendra tout le concert.

Les morceaux sont en places, les « éclipsiens » sont rodés, le matériel est fin prêt, et pourtant je ne peux pas m’empêcher de ressentir un peu d’anxiété, comme aux tout premiers concerts. A l’époque, ma plus grande crainte était que l’un d’entre nous se trompe ou que le matériel tombe en panne et que nous devions interrompre un morceau pour le reprendre. Aujourd’hui, je ne crains plus que ça arrive. Je sais que, au milieu de la salle, derrière sa table, notre gardien du son veille au grain. Mais j’ai gardé un peu d’angoisse de cette époque au fond de moi.

Je sens un bras entourer mon épaule et une voix chaleureuse dire « allez, on s’installe ». J’avance, les genoux un peu tremblants. La scène est toujours dans la pénombre mais je vois que chacun est à son poste.

Je connais par cœur les notes qui lanceront le premier morceau, je les attends.

Le beau son « gilmourien » de la guitare mordorée se met à vibrer, s’appuyant sur la rythmique sans faille de la blanche Fender. Dans la salle, des applaudissements et des cris d’encouragement retentissent, les projecteurs s’allument.

La tension tombe, la fatigue disparaît et la musique nous emmène.

 
 
 

Commentaires


bottom of page